N° 322 - mercredi 25 avril 2001
Actualité


Safe piercing, mode d’emploi

 

“Cela ne sert à rien d’avoir un bel autoclave et un beau stérilisateur sur sa table : il faut savoir s’en servir”, explique Jean-Baptiste Guiard Schmid (voir papier de tête). Il n’y a donc pas de recette miracle pour distinguer un bon pierceur, même si l’ont peut se fier à quelques signes. On peut en effet regarder l’état général du salon, regarder les certificats accrochés aux murs. Il est préférable que la boutique comporte une salle d’acceuille, une salle de piercing et une salle de stérilisation. Il ne faut pas hésiter à demander à voir l’autoclave (encore faut-il savoir à quoi ça ressemble). Faire attention à ce que les outils réutilisés sortent d’une pochette hermétique et stérilisée. Le pierceur doit changer de gants à chaque fois qu’il touche à quelque chose. Il vaut mieux vérifier que vous n’êtes pas sujet à des contre-indications médicales. Par exemple, un fort taux de diabète, une maladie de peau, un traitement à base de cortisone ou d’anti-inflammatoires peuvent être d’importants facteurs de complications. De la même manière, une fois le bijou posé, ne relâchez pas votre attention. En effet, la cicatrisation étant toujours longue (de 3 à 6 mois), elle implique des soins rigoureux et réguliers. Préférez un piercing à l’aiguille plutôt qu’à l’archaïque cathéter qui allonge la durée de cicatrisation.

La pratique du piercing s’est banalisée ces dernières années. Mais en dépit des risques sanitaires, il n’existe encore aucune réglementation en la matière.

Piercing : le trou noir sanitaire

Le piercing n’est pas une pratique récente. En effet, les Mayas se perçaient déjà la langue. Mais, depuis bientôt cinq ans, c'est devenu un véritable phénomène de
"Lors d'un piercing, les risques d’hépatites sont réels, tout comme ceux liés à l’herpès, les staphylocoques et autres maladies transmissibles par fluide corporel”.
Un pierceur
mode. D’ailleurs, le piercing au nombril est devenu le rite initiatique des midinettes qui se respectent.

La polémique
Mais récemment, une polémique a ébranlé ce petit monde. Jean-Baptiste Guiard-Schmid, un médecin du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Rotschild à Paris, a semé le trouble dans les salons de piercing français. Le médecin a en effet eu l’idée de se balader dans les différentes boutiques pour étudier les pratiques en vigueur. “Dans mes activités, j’ai été amené a travailler sur les risques VIH et hépatite C. J’ai été confronté à plusieurs cas d’infection par des piercing et je me suis aperçu qu’il n’y avait aucune législation, qu’il y avait une hygiène exécrable chez certains perceurs”, explique Guiard-Schmid. Si les risques de transmission du sida sont faibles car, selon un perceur, “il faudrait que le perceur soit assez sournois pour réutiliser ses aiguilles”, les menaces “d’hépatites sont réelles, tout comme ceux liés à l’herpès, les staphylocoques et autres maladies transmissibles par fluide corporel”.
Ce constat avait déjà été levé le 17 avril 2000 à l’Assemblée nationale par le député-maire d’Annecy-Le-Vieux, Bernard Accoyer. “Selon une récente enquête réalisée en Grande-Bretagne, où comme en France il n’existe aucune réglementation, 95 % des médecins de famille ont ainsi eu à traiter des complications de piercing”, avait-il alors déclaré avant de proposer la création d’une commission d’enquète sur les conditions de sécurité sanitaire liée au différentes “pratiques non réglementées de modification corporelle”.
Malgré cette mise en avant des problèmes, la France ne s’est toujours pas dotée, à l’heure actuelle, d’une réglementation en la matière. Même s’il existe un principe de précaution du côté de l’Établissement français du sang qui exclut les dons des personnes ayant effectué un piercing ou un tatouage depuis moins de six mois.

Le flou juridique
Il y a là un véritable flou juridique lié au métier même du perceur, profession qui n’est pas reconnue. D’ailleurs les “troueurs” lyonnais se déclarent souvent comme vendeurs de bijoux ou sous le vocable respectable de “profession libérale”.
Pour mettre fin à cette situation, certains professionnels de “l’effraction cutanée” sont montés au credo. C’est un Lyonnais, perceur de son état, qui a fondé en compagnie des plus fines aiguilles de l’Hexagone, l’Association des perceurs de France (Aperf), une asso qui milite “pour la reconnaissance d’un statut et pour informer les professionnels, tous comme les clients”.
D’ailleurs l’association travaille actuellement, avec l’équipe du docteur Guiard-Schmid à l’élaboration d’un Guide des bonnes pratiques du piercing visant à améliorer l’hygiène chez les perceurs.

Notre “testing”
Afin d’en savoir plus sur l’état général des salons de piercing lyonnais, nous avons décidé de nous rendre inopinément dans les boutiques de l’agglomération. N’étant pas des “docteurs ès piercing”, notre approche s’est limitée à des critères relevant du bon sens (voir Testing).
La situation est extrêmement variable d’un studio à l’autre, même si, avouons-le, nous avons été dans l’ensemble rassurés. Il faut dire qu’une importante délégation lyonnaise, se déplace régulièrement aux conférences de Guiard-Schmid, comme Gaëlle d’Artribal, Stéphane de Screeming Needle, Dominique (le tatoueur) de Color trip, Marquis, de la boutique éponyme et bien évidement Dany d’Accropiercing.
Si les règles d’hygiènes ne semblent pas toujours au top, globalement, un vent de propreté commence à souffler dans la majorité des salons de la ville.

Dernières recommandations
Aussi, si les risques sont bien réels, ils varient en fonction de la qualité du perceur. Celle-ci reste difficile à évaluer en l’absence de formation et de label officiel de qualité. Heureusement cela devrait changer avec l’arrivée de normes européennes prévues pour 2002.
Néanmoins, si vous ne voulez pas patienter jusque-là, sachez qu’il existe tout de même quelques critères très instructifs (voir safe piercing mode d’emploi) pour vous permettre d’éviter la tuile.
Quoi qu’il en soit, nous vous déconseillons vivement de vous faire triturer la peau par un perceur sauvage, en free-party, ou dans la cuisine.

Grégory Fiori et Matthieu Gallet

 

Testing Sommaire

Nous sommes passés à l’improviste dans les salons de piercing “officiels”. Renseignés sur les règles d’hygiène à respecter, nous avons jeté un œil à leurs équipements. Nos appréciations reposent sur des observations "empiriques" et non sur des critères scientifiques.

Pas mal, mais peut mieux faire

Artribal
Un studio très propre. La salle de piercing est séparée de la salle de stérilisation, même si cette dernière est dans un lieu de passage. La chaîne de stérilisation est sophistiquée et complète : autoclave anti-prion, bac à ultrasons,… Des autocollants antivirus indiquent les zones contaminées.
1, rue des Capucins. Lyon 1er.
04 78 39 46 75

Accropiercing
Un véritable hôpital. Le studio est tout neuf. Il comprend une salle d’accueil, une salle de piercing et une salle de stérilisation très bien équipée. L’autoclave est anti-prion. Il y a un bac à ultrasons. Plusieurs paires de gants sont utilisées lors des manipulations. Les aiguilles sont emportées par une société spécialisée.
3, rue Lanterne. Lyon 1er.
04 78 39 96 05


Marquis
La salle de piercing et la salle de stérilisation sont séparées mais l’autoclave est d’une ancienne génération. Un modèle récent est en commande. Sinon, le reste a l’air d’aller.
11, place Tobie Robatel. Lyon 1er.
04 78 39 72 38.
Screeming Needle
La salle de stérilisation et la salle de piercing sont séparées. Des autocollants “virus” indiquent les emplacements souillés. Les murs de la salle de stérilisation vont être ravalés. Et les règles d’hygiène sont, semble-t-il, respectées.
46, rue de la Charité. Lyon 2e.
04 72 40 96 62

Color Trip
Le pierceur est doté d’un bac à ultrasons et d’un autoclave anti-prion. Par contre, la salle de stérilisation est la même que la salle de piercing, et elle n’est plus toute jeune. Des travaux sont, semble-t-il, en cours pour moderniser et créer une salle de stérilisation adaptée.
1, rue Constantine. Lyon 1er.
04 78 30 43 93
Franck Tatoo
La salle de stérilisation et la salle de piercing ne font qu’une. Il y a un autoclave et un bac à ultrasons. Le cadre ne respire pas la fraîcheur, des chiens sont à proximité de la salle de piercing.
2, rue Fernand Rey. Lyon 1er.
04 78 27 73 50
Luigh spirit
Le salon est en travaux. Résultat : ce qui est déjà fait est tout propre ; par contre, la salle de stérilisation est en cours et pour l’instant, le cycle de stérilisation est effectué dans la salle de piercing. Mais globalement, ça va.
9, rue Confort. Lyon 2e.
Tatoo Gambetta
Dans ce salon, on ne perce que des oreilles, des nombrils et des arcades. La salle de stérilisation est la même que la salle de piercing. Il n’y a pas d’autoclave, mais un autre type de stérilisateur. Un appareil à chaleur sèche, nous semble-t-il.
32, cours Gambetta. Lyon 7e.
04 78 58 36 48